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Edito du 26 mars 2017 A

« On ne crache pas par terre »…

« Jésus cracha par terre ». Curieux verset, dérangeant. Je veux bien le suivre quand il prie, quand il pleure, quand il enseigne, mais ce geste trivial de quelque footballeur dans un stade déchaîné me reste un peu en travers de la gorge. On ne crache pas par terre…  Son geste m’enseigne pourtant. Il me rappelle que le Christ n’est pas une figure mythique détachée de l’humilité du réel, qu’il mangea, qu’il bût, qu’il partagea l’humilité de  notre corps, ses nécessités, ses limites, ses odeurs. Mais son geste est mystique aussi, qui nous redit que la parole, la salive, s’est mêlée à la terre, comme au commencement du monde Adam fut pétri de la terre, qui nous redit que le Verbe s’est fait chair, que le Très Haut s’est fait le Très Bas, et que c’est cela qui nous guérit. Dieu a touché la terre. Il y a une sacramentalité du geste… Le texte grec dit : « Jésus lui oignit les yeux » comme on le fait avec le saint chrême. Qu’est ce qu’un sacrement ? C’est une parole qu’un geste accompagne. Ce qui n’est pas manifesté dans la chair ne peut passer dans l’esprit.

Un seul est la lumière du monde, le Christ, le Messie. La salive permet de parler, explique saint Augustin, et la terre exprime le mystère de l’incarnation. Nous n’attendons pas une lumière impersonnelle, qui se lève au « grand orient » mais la personne du Christ, la lumière du monde, l’Orient véritable du cosmos et de chacune de nos vies. Les pères de l’Eglise appelaient le sacrement du baptême : le sacrement de l’illumination. Car la lumière ne se conquiert pas, elle ne s’obtient pas par ses propres forces, elle se reçoit d’un autre que soi.

Mais il nous faut alors porter le fardeau de la lumière… Sitôt délivré de sa cécité, l’aveugle voit se lever autour de lui le pouvoir des ténèbres, il se trouve plongé dans les contradictions, il est méprisé, jeté dehors par les Pharisiens. Les chrétiens doivent porter dans ce monde le poids d’une certaine contradiction. Si nous n’avons jamais subi de contradictions, il y a fort à parier que nous avons démissionné de votre responsabilité prophétique à la face des hommes. « Vous qui voyez, écrit Péguy, qu’avez vous fait de la Lumière ? ».

Père Luc de Bellescize

 

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