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Edito du 5 février 2017

« Vous qui voyez, qu’avez vous fait de la Lumière ? »

Tout homme naît aveugle, tout homme doit recevoir la lumière pour que ses yeux s’ouvrent aux réalités d’En Haut. « Que je voie », répond l’aveugle de l’Evangile à la question du Christ : « Que veux tu que je fasse pour toi ? ». On aurait envie de rajouter : « évidemment » ! Mais est-ce si évident que de vouloir voir ? Ne préférons nous pas finalement rester dans nos obscurités confortables, dans la sécurité bourgeoise de nos péchés habituels et de nos petites compromissions ? « Convertis moi, Seigneur, dit saint Augustin dans ses Confessions, mais pas trop vite »… Dans le mythe de Platon, les hommes sont dans la caverne et voient un théâtre d’ombres. L’un d’entre eux se retourne et parvient à la vision. Mais il devient alors un décalé face aux autres, un philosophe et un prophète. Un sel sur les plaies du siècle. Un témoin d’une autre lumière.

Le film Matrix n’a rien inventé, c’est une reprise hollywoodienne du génie platonicien. Prends la pilule bleue, et tu reprendras ta vie normale, c’est à dire une vie
d’apparence et d’esclavage. Prends la pilule rouge, et tu découvriras l’envers du décor, tu sauras ce qu’est la matrice. Néo prend la pilule rouge et entre dans la vision du véritable monde, mais il porte alors l’exigence, la joie douloureuse, le fardeau parfois de la liberté. « Exilé sur le sol au milieu des huées, dit Baudelaire dans son poème l’albatros, ses ailes de géant l’empêchent de marcher ». Il n’est pas si évident d’assumer sa responsabilité d’homme libre. Sortir de l’aveuglement nous impose de porter la lumière du Christ dans une vie d’incessante conversion, de témoigner du Ciel sur la terre des hommes. « Vous êtes la Lumière du monde ». Non pour attirer vers soi dans une tentation luciférienne, mais pour indiquer le Christ, Lumière bienheureuse à travers la nuit du monde.

Les hommes ne naissent pas libres. Ils naissent esclaves du péché et de la mort, ils naissent aveugles. Il faut que le Christ les touche pour les ouvrir à un autre regard. « Seigneur, que je voie ». Mais es-tu prêt à porter l’exigence de la lumière ? « Vous qui voyez, écrit Charles Péguy, qu’avez vous fait de la lumière ? » Le chrétien est un anticonformiste et un homme de combat. Il sait que la liberté n’est jamais une possession tranquille et qu’il faut lutter chaque jour pour quitter l’Égypte et conquérir la Terre promise. On ne naît pas libre, on le devient et on demeure dans la liberté dans la mesure où l’on porte sans cesse l’inquiétude de la perdre. On devient responsable pour toujours de la lumière que l’on reçoit. On la garde au creux de ses mains, cette fragile lumière, cette bienheureuse lumière de Pâques au milieu de nos ombres. « Bienheureuse lumière au milieu de mes ombres, écrit le bienheureux cardinal Newman, conduis moi en avant, mes jours sont longs et je suis loin de ma demeure, conduis moi en avant ».

Père Luc de Bellescize

 

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